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JCJC - SHS 1 - Sociétés, Espaces, Organisations et Marchés (JCJC SHS 1)
Edition 2013


S2S


SORTIES DE SCÈNE Dispositifs de soutiens et parcours sociaux des artistes chorégraphiques et artistes de cirque en transition professionnelle

Sorties de scène
Dispositifs de soutiens et parcours sociaux
des artistes chorégraphiques et artistes de cirque en transition professionnelle

OBJECTIFS INITIAUX DU PROJET
Chaque année, près de 5 % des danseurs et des artistes de cirque intermittents du spectacle présents en France cessent leur activité d’interprète. Pour ces artistes, le passage à l’après scène ou l’après piste n’est pas une étape allant de soi. Les « reconversions » posent de nombreuses questions aux artistes : aussi bien à titre personnel, qu’en matière de financement de cette phase de transition ou encore pour l’accès à des formations permettant le retour vers l’emploi.
Afin d’apporter un éclairage nouveau sur cette thématique, ce programme, situé au croisement entre sociologies de l’action publique et des parcours professionnels, observe :
— D’une part, les répertoires d’action, les modes de fonctionnement et de coordination des acteurs publics et privés impliqués dans les dispositifs d’aide à la « reconversion » existants, mais aussi leurs effets ;
— D’autre part, la différenciation sociale des mécanismes de « reconversion » parmi les artistes interprètes tels qu’ils sont à l’œuvre dans les deux sous domaines artistiques précités.
La méthodologie de recueil de données employée est avant tout issue d’une démarche compréhensive et qualitative d’analyse du travail. Au-delà du recueil d’entretiens auprès d’acteurs institutionnels et d’ancien artistes, ce programme entend également s’appuyer sur un traitement statistique des fichiers de la Caisse des congés spectacles afin d’obtenir une vue d’ensemble du secteur du spectacle vivant et de caractériser les spécificités des domaines de la danse et du cirque au regard du thème des sorties de la profession.

DESCRIPTION DES TRAVAUX PAR TACHE
Du point de vue méthodologique, nous situant résolument dans une démarche compréhensive d’analyse du travail, nous proposons de recourir principalement à un recueil de données par entretiens semi-directifs, réalisés à partir d’une large couverture du territoire national comme le permet la composition de l’équipe de recherche. Trois séries seront réalisées :
— Auprès des acteurs publics et professionnels engagés dans les dispositifs d’aide à la reconversion des artistes interprètes
— Auprès d’artistes en activité et projetant de quitter leur carrière d’interprète.
— Auprès d’artistes ayant déjà cessé leur activité d’interprète depuis au moins 10 mois (signifiant la fin de leur droit d’accès au régime de l’intermittence), qu’ils travaillent encore ou non dans le domaine artistique
Dans les deux premiers cas, il serait d’un grand intérêt de pouvoir procéder de manière longitudinale, à l’aide d’entretiens successifs (e.g. 1er entretien à t0, 2nd à t+ 6 mois, 3ième à t+ 18 mois), ceci afin d’observer les processus « en train de se faire ».
Enfin, de manière à construire les bases d’une extrapolation et d’une généralisation de ces résultats, il est également envisagé de traiter statistiquement les fichiers de la Caisse des congés spectacle, tel que cela a déjà pu être réalisé pour la période 1987-2003 (Rannou et al., 2003 ; Rannou, Roharik, 2006). Ce traitement, effectué à partir des méthodes statistiques employées en démographie (calcul des taux d’attrition, diagramme de Lexis, modèle de survie, etc.), permettra d’obtenir une vue d’ensemble du secteur du spectacle vivant et de caractériser les spécificités des sous domaines artistiques de la danse et du cirque au regard du thème des sorties de la profession.

Résultats

Depuis 2006, l’Assurance Formation des Activités du Spectacle (AFDAS) propose un dispositif d’« aide à la reconversion » dédié aux danseurs et artistes de cirque. Ce programme permet à celles et ceux qui ne pourraient plus accéder au régime de l’intermittence ou dont les droits à la formation professionnelle seraient clôturés, de bénéficier malgré tout et à titre dérogatoire du financement d’une formation.
Il a été montré que les arguments qui sous-tendent les discours relatifs à l’aide que devraient recevoir ces artistes, prenant toujours appui sur une forme de justice distributive, passent d’une « logique rétributive » visant à donner davantage de poids à la courte carrière de professionnels perçus comme indispensables à la vie artistique d’une nation, à une « logique assurancielle » où il s’agirait de pallier à des risques sanitaires qui seraient inhérents à ces métiers où le corps est sans cesse en jeu.
Enfin, les données recueillies donnent également à voir comment la formalisation de ce dispositif, qui constitue une forme de guidage social des parcours professionnels, conduit à des situations de « non recours » parmi la population visée. Ce dispositif, relativement bien doté sur le plan financier, se trouve donc d’une certaine façon sous employé faute d’usagers et faute d’une concertation avec les représentants de la profession. Confrontés à ces limites, les représentants de l’ADFAS et du groupe Audiens s’interrogent aujourd’hui sur la pérennité de ce fonds spécifique.
En fin de compte, les premiers résultats obtenus sur ce volet de la recherche apparaissent susceptibles d’éclairer les décideurs publics en vue d’une amélioration des politiques d’accompagnement des artistes.

Perspectives

Les premières données ayant été récoltées, deux projets de valorisation sont en cours d’élaboration, avec une réalisation à l’horizon du printemps 2015 :
- Organisation d’une table ronde professionnelle en partenariat avec La Grainerie, structure d’aide à la création et de diffusion de spectacles de cirque implantée à Toulouse. Celle-ci se déroulera en présence de représentants : de la Direction Régional des Affaires Culturelles de Midi-Pyrénées, du Conseil régional Midi-Pyrénées, de la Mairie de Toulouse, de l’antenne Sud-Ouest de l’AFDAS, et de structures du milieu professionnel.
- Organisation d’une table ronde professionnelle en partenariat avec le Centre de Danse Contemporaine de Toulouse. Celle-ci se déroulera en présence de représentants : de la Direction Régional des Affaires Culturelles de Midi-Pyrénées, du Conseil régional Midi-Pyrénées, de la Mairie de Toulouse, de l’antenne Sud-Ouest de l’AFDAS, du Conservatoire à rayonnement régional de musique, danse et théâtre de Toulouse, et de structures du milieu professionnel.
Ces deux manifestations s’accompagneront de séminaires de recherche organisés autour d’invités extérieurs reconnus pour leurs travaux sur le secteur du spectacle vivant. Ceci favorisera l’extension du réseau académique de l’équipe S2S, comme le prévoit l’organisation de ce programme « Jeunes Chercheuses Jeunes Chercheurs ».

Productions scientifiques et brevets

Julhe S., Salaméro E., Honta M. (article soumis), « La difficile rencontre entre un dispositif et ses destinataires. La “reconversion” des artistes chorégraphiques et des artistes de cirque comme problème public », Politix.

Julhe S., Salaméro E., Honta M. (article soumis), « La “reconversion” comme problème public de la carrière des artistes chorégraphiques. Les singularités d’une profession saisie entre logique rétributive et logique assurancielle », Revue Française des Affaires Sociales.

Salaméro E., Julhe S., Honta M. (chapitre soumis), « La “reconversion” des artistes de cirque comme “problème public” : une rencontre difficile entre un dispositif et ses destinataires », actes du colloque international « Une semaine de cirque », Montpellier, 15-21 février 2014.

Salaméro E., 2014, « Processus de transition professionnelle des artistes de cirque (et de danse). Un programme de recherche en cours », Colloque international « Une semaine de cirque », Montpellier, 15-21 février 2014.

Partenaires

LACES EA 4140 Laboratoire Cultures, Education, Sociétés

Aide de l'ANR 90 000 euros
Début et durée du projet scientifique février 2014 - 36 mois

Résumé de soumission

Les métiers du spectacle vivant et plus particulièrement d’artistes interprètes (comédiens, musiciens, danseurs, artistes de cirque, etc.) sont régulièrement présentés comme des métiers où l’on entre par « vocation » et par « passion » (Moulin, 1983 ; Sorignet, 2004a ; Sinigaglia, 2011 ; Cordier, Salaméro, 2012), mais où il est particulièrement difficile de perdurer (Menger, 1994, 2009). Cette situation se trouverait exacerbée dans le cas des artistes chorégraphiques et des artistes de cirque. Chaque année, près de 5 % des 5000 danseurs et des 1000 circassiens intermittents du spectacle présents en France cessent leur activité d’interprète. Or, le passage à l’après scène ou l’après piste n’est pas une étape allant de soi (Baumol et al., 2004 ; Chiffert, Michel, 2004 ; Gil Mendita, 2004). Les reconversions posent de nombreuses questions aux artistes, aussi bien à titre personnel, qu’en matière de financement de cette phase de transition et d’accès à de nouvelles formations permettant de retourner vers l’emploi. Afin d’apporter un éclairage nouveau sur cette thématique, une équipe composée de dix chercheurs en sciences sociales issus de six universités françaises souhaite se regrouper autour d’un programme de recherche ambitieux échelonné sur trois ans. Une analyse comparée entre artistes chorégraphiques, qui bénéficient déjà de dispositifs d’aide à la « reconversion » (CND, AFDAS, etc.), et artistes de cirque formés en écoles professionnelles, dont une partie des premières générations arrivent actuellement en fin de carrière, apparaît particulièrement pertinente de ce point de vue.

A partir d’un croisement entre apports de la sociologie de l’action publique (Kingdon, 1984 ; Jobert, Muller, 1987 ; Warin, 1999 ; Lascoumes, Le Galès, 2004 ; Cantelli, Genard, 2007) et de la sociologie des parcours professionnels (Grossetti, 2004, 2006a, 2006b ; Négroni, 2005, 2007 ; Denave, 2006 ; Bidart, 2006, 2010 ; Bessin, 2009 ; Abbott, 2010 ; Bessin et al., 2010), il s’agira d’observer :
— D’une part, les répertoires d’action, les modes de fonctionnement et de coordination des acteurs publics et privés impliqués dans les dispositifs d’aide existants, mais aussi leurs effets. Sur ce plan, l’enjeu générique sera d’analyser dans quelle mesure les dispositifs étudiés se distinguent de ceux de droit commun touchant la majorité des individus inscrits dans un processus de « retour vers l’emploi » ;
— D’autre part, il est question d’appréhender parmi les artistes interprètes la différenciation sociale des mécanismes de « reconversion » tels qu’ils sont à l’œuvre dans les deux sous domaines artistiques précités. Nous aborderons les rapports que les artistes nouent avec les dispositifs de soutiens et d’aide à la « reconversion », mais également la façon dont le réseau familial et relationnel est employé en tant que ressource.

La méthodologie de recueil de données employée est avant tout issue d’une démarche compréhensive et qualitative d’analyse du travail (Hughes, 1996 ; Dubar, Tripier, 1998 ; Alter, 2006 ; Avril et al., 2010). Plus de 130 entretiens semi directifs répartis en trois séries seront réalisés :
— Auprès des acteurs publics et professionnels engagés dans les dispositifs d’aide à la reconversion ;
— Auprès d’artistes en activité et projetant de quitter leur carrière d’interprète ;
— Auprès d’artistes ayant déjà cessé leur activité d’interprète

Pour finir, il est envisagé de traiter statistiquement les fichiers de la Caisse des congés spectacle afin d’obtenir une vue d’ensemble du secteur du spectacle vivant et de caractériser les spécificités des sous domaines des arts chorégraphiques et des arts du cirque au regard du thème des sorties de la profession.

 

Programme ANR : JCJC - SHS 1 - Sociétés, Espaces, Organisations et Marchés (JCJC SHS 1) 2013

Référence projet : ANR-13-JSH1-0010

Coordinateur du projet :
Monsieur Samuel JULHE (Laboratoire Cultures, Education, Sociétés)

 

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L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.