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Blanc - SHS 3 - Cultures, arts, civilisations (Blanc SHS 3)
Edition 2012


Anthropos


Vers une physique de l’âme : la constitution d’une science de l’homme (France, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Grande-Bretagne, XVIIe- XIXe siècle)

Vers une physique de l’âme : la constitution d’une science de l’homme dans l’Europe moderne
Le projet “Anthropos” se propose de mettre au jour la généalogie de l’anthropologie moderne en Europe en discernant les différentes étapes problématiques qui ont présidé à sa constitution.

Enjeux, modalités et objectifs d’une définition du développement problématique d’une science de l’homme dans l’Europe moderne.
Notre projet part du constat du statut problématique des sciences humaines actuelles. Elles sont à la fois des disciplines constituées (qu’il s’agisse de leurs pratiques ou de leur statut institutionnel) et un champ privilégié pour des querelles et des conflits, propres à chacune d’elles ou les opposant entre elles. Un des enjeux de cette situation, en particulier dans l’approche physicaliste contemporaine de l’âme, est que ces sciences humaines (la psychologie, l’histoire, la sociologie ou l’anthropologie) sont de plus en plus souvent appelées à dialoguer et à s’ouvrir aux sciences classiques. Or le paradoxe est que le champ qui pourrait rendre possible un tel dialogue demeure fréquemment indéterminé. Il se réduit aux polémiques sur les frontières entre ces disciplines, là où il conviendrait de penser leur articulation. L’hypothèse fondatrice d’ « Anthropos » est que ce type de difficulté ne peut être élucidé que d’un point de vue historique. L’enjeu du programme consiste précisément à définir et explorer les conditions d’une telle articulation.

Idées et controverses dans la généalogie de l’anthropologie à l’époque moderne.
L’originalité de l’approche méthodologique du programme “Anthropos” se fonde sur 3 axes:
1/ Le premier axe consiste à dépasser la discontinuité manifeste dans l’historiographie classique entre la réflexion sur le cartésianisme et sur son héritage et les grandes problématiques et les grandes querelles du XVIIIe siècle, où s’élaborent les tentatives de constitution d’une « science de l’homme ». Notre perspective consiste au contraire à tenter de penser l’unité problématique de cette période.
2/ Le second axe consiste à redéfinir la notion de « période » ou « d’époque ». À l’unité d’une époque comprise comme adhésion à des valeurs partagées de manière collective, nous voudrions substituer l’idée d’une unité fondée sur des conflits communs, conflits qui varient suivant le contexte. Ainsi, l’unité d'une époque ou d'une période donnée n'apparaîtrait pas en référence à des qualités définies, mais selon un processus d’appropriation de conflits communs qu’il est historiquement impossible d’écarter et d’occulter. Dans cette perspective, nous serons extrêmement attentifs à l'histoire des réceptions suivant les contextes déterminés, aux querelles qui sont la véritable courroie de transmission dynamique des instruments du cartésianisme au-delà du XVIIe siècle et qui constituent la condition de possibilité d’une science de l’homme.
3/ Enfin, cette nouvelle approche de l’histoire des idées implique une dimension pluridisciplinaire du projet « ANTHROPOS ». Prendre en compte de manière dynamique la question du contexte suppose en effet de discerner les mécanismes souvent mêlés qui sous-tendent l’histoire des idées. La question des querelles est ici centrale À cela s’ajoute une attention particulière portée aux textes ayant des niveaux rhétoriques considérés comme marginaux par l’historiographie classique : correspondances, écrits scientifiques, relations historiques, pamphlets, journaux savants, recensions établies au sein des académies scientifiques et dans des revues, etc.

Résultats

L’un des résultats majeurs du projet “Anthropos” consiste à faire se confronter la double dimension méthodologique et historiographique dans l’approche de la généalogie de l’anthropologie moderne dans l’Europe moderne. Cette double dimension doit apparaître dans l’ensemble des résultats du projets. Ils sont de plusieurs ordres:
1/ plusieurs publications sont prévues, liées au 4 axes thématiques initiaux du projet (la réception du cartésianisme/Le destin de l’empirisme/Les querelles autour du matérialisme/Le tournant anthropologique). Ces publications peuvent être soit thématiques, soit liées à un lieu particulier de l’Europe (Allemagne, Italie, Pays-Bas, etc). Elles peuvent aussi thématiser les points communs et les différences entre ces pôles géographiques.
2/ Des outils de diffusion et de vulgarisation. Ils sont également de plusieurs ordre. Cela passe par la constitution d’une anthologie de textes, mais aussi par la mise à disposition de textes numérisés sur internet. Cela implique en outre d'accorder une attention particulière à l'organisation de séminaires de recherche à destination des étudiants et des enseignants chercheurs, à Paris et à Lyon, et à la participation, à l'étranger, à des workshops susceptibles de toucher les publics les plus variés.
3/ La création d’un site internet qui aura vocation à devenir pérenne après la fin du programme devrait pouvoir reccueillir les premiers travaux et permettre d’offrir des outils pour des recherches futures (textes en ligne, constitutions de bibliographies actualisées, recensions, diffusion de liens, indication des réalisations communes et à venir avec nos partenaires étrangers, etc.)

Perspectives

La perspective principale du projet est de nature méthodologique. Elle consiste à montrer que l’histoire des idées ne se limite pas à la description passive d’éléments historiques, mais qu’il existe une histoire rationnelle des idées qui offre tout au contraire les clés de compréhension des grands systèmes philosophiques souvent séparés entre eux de manière arbitraire. Le projet “Anthropos” ne se contente donc pas de discerner les conditions de possibilité et de développement d’une science de l’homme dans la modernité, mais tente, à partir de cet exemple, de redéfinir plus largement les cadres méthodologiques d’une histoire rationnelle des idées, qui fasse alors bouger les cadres de l'historiographie institutionnelle (en mettant notamment au jour le potentiel “radical” du cartésianisme).

Productions scientifiques et brevets

Séminaire sur l'empirisme, année universitaire 2012-2013, Université de Paris 1.

Physique et métaphysique. Quels enjeux dans la constitution des cartésianismes et des anti-cartésianismes? Colloque international en deux parties, à l'ENS de Lyon les 19 et 20 mars 2013 et à l'ENS d' Ulm des 3 au 5 octobre 2013.

La philosophie pour les enfants. Colloque international, Université d'Artois, 25-27 mars 2013.

Hobbes et le matérialisme. Colloque international, ENS de Lyon, 26-28 mars 2013.

Life and Community. Workshop organisé en collaboration avec Northwestern University, à Chicago, les 19 et 20 avril 2013.

Colloque international sur les origines médicales de l'anthropologie philosophique en Europe, XVIe-XVIIIe siècles. Madrid, Casa Velasquez et Université Complutense, 5-8 mai 2013.


Le programme “Anthropos” a par ailleurs participé au financement du colloectif intitulé Qu'est-ce qu'être cartésien? (dir. Delphine Kolesnik-Antoine), paru aux ENS Éditions en février 2013.


Partenaires

ENS de Lyon Institut d'histoire de la pensée classique UMR 5037

Aide de l'ANR 199 992 euros
Début et durée du projet scientifique novembre 2012 - 36 mois

Résumé de soumission

Le terme même d’ « anthropologie » apparaît à la Renaissance chez Magnus Hundt (1501). Mais c’est à l’articulation entre la fin du XVIIIe siècle et les premières années du XIXe siècle que l’on assiste à son autonomisation en Europe, particulièrement en Allemagne. « ANTHROPOS » entend faire la généalogie de ces conditions de naissance. Son originalité principale consiste à montrer dans quelle mesure ce projet emblématique des Lumières européennes s’ancre dans un développement original du cartésianisme, qui offre en creux un cadre entièrement nouveau pour penser la physique de l’âme et sa sécularisation, parallèlement au développement des sciences expérimentales. Il procède donc de quatre convictions fondatrices : 1/ la question de la connaissance de l’homme se pose en des termes tout à fait nouveaux à l’âge classique (elle s’émancipe des considérations théologiques, et l’homme se spécifie par rapport aux autres créatures) ; 2/ cette refondation bouleverse les thématiques philosophiques traditionnelles, d’un point de vue à la fois expérimental et rationaliste (les relations entre le corps et l’âme, les querelles entre le « matérialisme » et l’« idéalisme », la conception de la science et des relations qu’elle entretient avec les questionnements reliés à la métaphysique, etc.) ; 3/ au début de la période que nous étudions, la séparation entre les disciplines n’est pas marquée comme elle l’est aujourd’hui. L’étude précise des mutations affectant les différents champs du savoir, jusqu’à l’institution des sciences humaines au XIXe siècle, requiert ainsi de faire une place à la science comme à la philosophie. Elle permettra en retour de mieux comprendre la nature et les enjeux des débats contemporains, par exemple les relations que l’on peut instaurer entre la physique, la biologie et la psychologie ; les rôles respectifs de l’anthropologie, de l’ethnologie et de l’histoire dans la constitution d’une science de l’homme ; ou encore la place occupée par la biologie en regard des sciences cognitives ou de la psychanalyse. 4/ Enfin, la recherche des origines de cette anthropologie dans le cartésianisme suppose une relecture de ce corpus en un sens moins spiritualiste que ne l’ont fait notamment les Cousiniens au XIXe siècle, marquant pour longtemps la réception et l’interprétation des textes cartésiens. Elle requiert un travail sur la réception matérialiste de ces derniers ou du moins (puisque l’étude de la phénoménalité de l’âme peut être indépendante de positions ontologiques définies) sur ses postérités empiristes.

 

Programme ANR : Blanc - SHS 3 - Cultures, arts, civilisations (Blanc SHS 3) 2012

Référence projet : ANR-12-BSH3-0001

Coordinateur du projet :
delphine Antoine-Mahut (Institut d'histoire de la pensée classique UMR 5037)
delphine.antoine-mahut@nullens-lyon.fr

Site internet du projet : http://anthropos.ens-lyon.fr/

 

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L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.