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Programme franco-allemand en SHS (FRAL)
Edition 2011


Marianne 2


Les métamorphoses de l'égalité II: les représentations du genre dans le domaine du travail. Le cas des classifications professionnelles, des négociations collectives et des politiques d'égalité en France et en Allemagne 1945 - 2010.

Marianne: Les métamorphoses de l'égalité 2
les repre´sentations du genre dans le domaine du travail. Le cas des classifications professionnelles, des ne´gociations collectives et des politiques d’e´galite´ en France en Allemagne (1945-2010)

Genre et travail en perspective comparée : les métamorphoses de l'égalité
Le projet porte sur les métamorphoses de l’égalité de genre en Allemagne et en France entre 1945 et 2010. Il a pour objectif l’étude des représentations du genre dans les deux pays et leur transformation dans le champ du travail et de l’emploi. Nous faisons l’hypothèse que, entre 1945 et 2010, des transformations de fond ont affecté nos manières de voir, au regard notamment des représentations qui s’étaient imposées à la fin du XIXème s. à l’occasion de la montée en puissance de la « question de la femme ». Pour appréhender empiriquement les transformations des représentations de l’égalité entre les genres, nous proposons de mener l’enquête dans trois domaines : 1) celui des classifications professionnelles, 2) celui des négociations collectives, 3) celui de l’action publique appliquée aux politiques d’égalité de genre. A partir d’objets et de cas singulier, nous interrogeons les discours et les normes qui ont été produits et négociés dans les deux pays du point de vue de l’égalité entre les genres. Notre démarche est celle d’une comparaison en contexte, qui intègre des variables historiques et qui est, également attentive – selon les préceptes de l’histoire croisée – aux effets de concurrence, contamination, transferts… entre les deux pays.

Analyser les significations à travers les débats et les controverses, les catégories et les formes institutionnelles
Les recherches conduites par les deux équipes sont essentiellement de nature qualitative. Les fondements méthodologiques de la recherche sont ceux de l'analyse de discours et du process tracing. Dans le cas d'objet de recherche contemporains des entretiens approfondis seront conduits avec des experts et des acteurs de l'administration du travail, des administrations ministérielles, dans des organisations politiques ou autres organisations des relations professionnelles.
L'influence des discours sur la construction du sens ou encore l'assimilation durable d'objets ou phénomènes sociaux à des catégories d'entendement ou encore sur l'institutionnalisation d'ordres de connaissance sera au centre de notre analyse (Knoblauch, 2005, p. 209 et suiv.). Différents instruments et moyens alimentent ces processus de création ou d'opérationnalisation de catégories. Ils sont identifiés comme des mécanismes sociaux. Le concept francophone de dispositif, comme mécanisme, correspond à cet emploi4.
Au moyen de l'analyse de discours (Keller, 2003, 2006, 2007), l'ensemble des sources réunies seront exploitées dans le but de comprendre comment l'assignation de sens en matière de genre et de travail se cristallise et contribue à l'ancrage de modèles de pensée et d'action sous la forme de « scripts » de genre, de modèles d'action et de représentations. Ces processus de création et d'opérationnalisation se déploient à travers des instruments spécifiques (catégories statistiques, contenus de négociations, règlements, textes légaux, etc.). L'analyse de discours est une perspective de recherche (Keller, 2006) qui requiert l'emploi de méthodes éprouvées d'analyse en sciences sociales. Un corpus de texte constitué au moyen de critères pertinents dans le domaine de l'analyse des discours peut ainsi être soumis à une analyse de contenu et de modèles interprétatifs.

Résultats

• travail de nuit des femmes :
analyse d’éléments de débat public montre que :
i. les catégories utilisées dans les débats pour « dire » le genre glisse d’un registre centré sur des éléments dits naturels, vers un registre des rôles sociaux qui tient compte des enjeux d’égalité.
ii. catégorisation systématique de 54 types d’arguments, analysé selon l’approche rhétorique de Perelman montre que les arguments pragmatiques sont plus utilisés que ceux centrés sur les phénomènes d’effet pervers.
• reconnaissance du travail des conjoints d’indépendants :
analyse sociohistorique du cheminement vers la reconnaissance du travail des femmes d’indépendants via entretiens, des archives personnelles et associatives, l’analyse des débats publics et parlementaires. Les premiers résultats montrent que :
i. la reconnaissance des femmes d’indépendants fait l’objet de tensions à situer dans une temporalité plus longue – depuis la Révolution française – pour comprendre les verrous spécifiques ;
ii. la famille comme l’indépendance font au cours du 20e siècle et de façon accélérée après la Seconde Guerre mondiale l’objet d’un processus de « déprivatisation » qui passe une série d’étapes ;
iii. les discours féministes qui deviennent dominants après Mai 1968 génèrent un mouvement social réel qui confère une « voix » spécifique et autonome au groupe social concerné.
• égalité professionnelle et négociations collectives :
Analyse d’archives syndicales, de CC, UE. Les premiers résultats mettent en lumière les éléments suivants :
i. maintien de discriminations salariales fortes en dépit de la reconnaissance du principe « à travail égal, salaire égal » (classifications professionnelles, dépréciation des « qualités féminines ») ;
ii. poids croissant des régulations européennes à propos de l’égalité salariale, de l’égalité de traitement (accès à l’emploi, formation, protection sociale, etc.) ;
iii. volontarisme législatif et reformulation des enjeux autour du principe d’égalité professionnelle.

Perspectives

En dehors même du travail de comparaison, notre équipe travaille spécifiquement à la comparaison des types de controverses, des lieux de déploiement de ces controverses et encore des modalités de mobilisation et de construction des coalitions discursives autour de ces controverses. Notre projet développe ainsi une analyse transversale de la diversité des formes d’interaction entre arènes discursives et espaces d’action sociopolitique, autour d’un enjeu cependant commun.
Certaines controverses – celles sur le travail de nuit des femmes ou les quotas féminins dans les CA – relèvent de confrontations diamétrales entre des coalitions discursives qui mobilisent différentes arènes – scientifique, juridique, politique, médiatique, etc. -, se livrant ainsi à une mobilisation d’acteurs à la fois large et diversifiée. Dans le cas de la reconnaissance du travail des conjointes d’indépendants, la confrontation intervient surtout dans des arènes peu visibles, autour des organisations parapubliques – les Chambres des métiers, les Chambres de commerce et d’industrie – ou privées – les organisations professionnelles – de représentation des indépendants et mobilisent des acteurs très spécifiques – des associations féministes du milieu par exemple – à un stade très avancé du processus d’institutionnalisation. L’essentiel du travail transformatif intervient sur des enjeux politiques plus centraux sur le plan politique – le processus de reconnaissance d’un statut d’égalité entre hommes et femmes dans le droit matrimonial et de la famille, la citoyenneté des femmes, etc. – autour de coalitions sociales et politiques bien différentes.
L’analyse spécifique des dynamiques d’articulation entre ces diverses arènes discursives et espaces d’interaction sociopolitique dans l’analyse des logiques d’institutionnalisation du changement constituera un résultat transversal innovant de notre projet.

Productions scientifiques et brevets

1. Olivier Giraud & Arnaud Lechevalier. « Les femmes au cœur de l’éclatement de la norme d’emploi en Allemagne ». Travail, genre et société. N° 30, pp. 189-194, 2013.
2. Michel Lallement. « Un tsunami libéral ». Travail, genre et société. N° 30, pp. 177-182, 2013.

Partenaires

LISE Laboratoire Interdisciplinaire pour la Sociologie Economique

Universität Potsdam Universität Potsdam

Aide de l'ANR 195 936 euros
Début et durée du projet scientifique avril 2012 - 36 mois

Résumé de soumission

Le projet porte sur les métamorphoses de l’égalité de genre en Allemagne et en France entre 1945 et 20101. Il a pour objectif l’étude des représentations du genre dans les deux pays et leur transformation dans le champ du travail et de l’emploi. Nous faisons l’hypothèse que, entre 1945 et 2010, des transformations de fond ont affecté nos manières de voir, au regard notamment des représentations qui s’étaient imposées à la fin du XIXème s. à l’occasion de la montée en puissance de la « question de la femme ». Pour appréhender empiriquement les transformations des représentations de l’égalité entre les genres, nous proposons de mener l’enquête dans trois domaines : 1) celui des classifications professionnelles, 2) celui des négociations collectives, 3) celui de l’action publique appliquée aux politiques d’égalité de genre. A partir d’objets et de cas singulier, nous interrogeons les discours et les normes qui ont été produits et négociés dans les deux pays du point de vue de l’égalité entre les genres. Notre démarche est celle d’une comparaison en contexte, qui intègre des variables historiques et qui est, également attentive - selon les préceptes de l’histoire croisée – aux effets de concurrence, contamination, transferts… entre les deux pays.

(note : Le point de départ de notre enquête est l’après-guerre. Plus précisément, nous retenons 1949 pour l’Allemagne (avec le début de la République Fédérale Allemande) et 1946 pour la France (avec le début de la IVème République). Côté allemand, nous nous restreignons à la République fédérale, de façon à pouvoir maintenir un cadre de comparaison stable dans le temps. Cela ne nous empêchera pas, bien sûr, de prendre en compte les effets de la Réunification sur la façon dont, en Allemagne, les représentations de l’égalité entre les genres ont évolué après la chute du mur de Berlin.)

 

Programme ANR : Programme franco-allemand en SHS (FRAL) 2011

Référence projet : ANR-11-FRAL-0012

Coordinateur du projet :
Monsieur Olivier GIRAUD (Laboratoire Interdisciplinaire pour la Sociologie Economique)
olivier.giraud@nullcnam.fr

 

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L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.