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Transition écologique, transformation sociétale, risques et opportunités (DS0103)
Edition 2014


HEVEADAPT


Comment les plantations familiales peuvent-elles s'adapter aux changements globaux?

Le pari des plantations familiales d’hévéa face aux changements globaux
Les plantations familiales d’hévéa assurent l’essentiel de l’approvisionnement mondial en caoutchouc naturel, une matière première stratégique. Mais ces petites plantations peuvent-elles s’adapter et demeurer viable faces à des changements climatiques, sociaux et économiques rapides ?

Les plantations familiales d’hévéa face aux changements globaux
Les plantations d'arbres tropicaux fournissent des biens renouvelables indispensables sur le marché mondial et les exploitations familiales représentent la majeure partie de leur superficie et de la production. Pour assurer la pérennité des systèmes de plantation, les conditions environnementales et socio-économiques devraient rester favorables pendant plusieurs décennies. Comment ces conditions peuvent être assurées lorsque l'environnement change ? Même si les conséquences locales de l'augmentation globale des températures sont difficiles à évaluer, les agriculteurs seront probablement confrontés à un climat plus variable, avec des changements probables dans la répartition des pluies. En outre, toutes les ressources naturelles ont récemment fait face à des prix extrêmement variables liés aux aléas de la demande mondiale. Les prix élevés attirent de nouveaux investisseurs et conduisent à l'extension des plantations dans de nouvelles zones, induisant des changements d'utilisation des terres et des changements dans les systèmes d’exploitation. L'objectif final du projet est d'analyser comment les petits exploitants de plantations d'arbres peuvent s’adapter et se maintenir durablement, alors qu'ils font face à des conditions climatiques variables et des changements profonds dans leur contexte socio-économique. Les planteurs perçoivent-ils ces risques et ont-ils initié des stratégies d'adaptation? Les systèmes à base d'hévéa en Thaïlande sont utilisés comme modèle de plantations familiales tropicales, intégrées dans une filière agro-industrielle majeure à l’échelle mondiale. Le projet permettra d'évaluer à la fois les spécificités des cultures d’hévéa et les caractéristiques plus générales des plantations d'arbres.

Changements, risques, conséquences et adaptations, une analyse multidisciplinaire
Le projet repose sur une approche multidisciplinaire de la caractérisation des changements, de leurs conséquences sur les plantations d’hévéa et des risques induits pour les planteurs. Les sciences du sol et agronomiques sont associées aux sciences sociales et économiques pour analyser la façon dont les facteurs socio-économiques interagissent avec les facteurs biophysiques. Nous évaluons les risques au niveau des parcelles et des exploitations. Une typologie des systèmes agricoles à base d’hévéa et des pratiques est proposée à partir d'enquêtes, en particulier en ce qui concerne la gestion des terres et les systèmes d’exploitation du latex. Nous nous concentrons sur deux facteurs socio-économiques : le type d'exploitation et les contrats de métayage. Le principal risque biophysique est lié aux changements climatiques et à l'extension des plantations dans des zones nouvelles et plus défavorables. Nous étudions l'adaptation des arbres au stress hydrique ainsi que les impacts potentiels en termes de durabilité des sols (préservation de la fertilité des sols liée à la qualité physique et la biodiversité fonctionnelle). Les contraintes écologiques spécifiques à chaque zone sont prises en compte. Des indicateurs spécifiques des performances économiques et du fonctionnement physiques et biologique du sol sont développés pour l'évaluation multicritères des systèmes de plantation. L'information sera intégrée à différentes échelles et partagées avec les parties prenantes par le biais d'une plate-forme de co-innovation. Au-delà du cas particulier des plantations d’hévéa, une sortie plus générique du projet est de déterminer, par modélisation et analyse des risques, les indicateurs les plus importants pour évaluer l'adaptation à long terme et la durabilité des exploitations familiales à base d'arbres.

Résultats

Le projet est en phase d’acquisition de données et peu de résultats sont déjà publiables. Il a cependant déjà permis de mobiliser un important réseau de partenaires franco-thaïlandais autour d’un dispositif centré sur l’hévéa (Hevea Research Platform in Partnership) et d’un dispositif dédié aux changements d’usage des terres (LMI Land Use Changes and Soil Ecosystem Services).
Des enquêtes sont en cours ou en phase d’analyse sur les nouveaux investisseurs et leur impact sur la structure des plantations, sur les pratiques agroforestières, sur la perception des risques et sur les contrats de métayage.
Un essai en champ sur la variabilité génétique de l’adaptation au stress hydrique a été mis en place dans le Nord-Est avec un important dispositif de mesure écophysiologiques qui ont démarré depuis un an. Deux bassins versants ont été équipés pour comparer le fonctionnement et le bilan hydrique dans des paysages dominés par l’hévéa ou par une culture habituelle (maïs) en zone montagneuse du Nord. De nombreuse études ont démarrées ou se sont renforcées sur le fonctionnement biophysique des sols des plantations d’hévéas pour étudier à la fois les changements d’usage des terres (cultures annuelles à plantation) et les effets à long terme des plantations. L’analyse multicritères de pratiques agricoles (agroforesterie, intensité de gestion,…) est également en cours en zone traditionnelle (Sud) ou d’extension (NE), avec notamment le développement de la ‘boîte à outils‘ Biofunctool.
Un réseau de fermes est en cours de construction dans le cadre de la plateforme de co-innovation, notamment sur l’adaptation des systèmes d’exploitation (saignée).

Perspectives

Au-delà du cas particulier des plantations d’hévéa, une sortie plus générique du projet est de déterminer, par modélisation et analyse mutifactorielle, les indicateurs les plus importants pour évaluer l'adaptation à long terme et la durabilité des exploitations familiales à base d'arbres.
Des perspectives intéressantes sont déjà ouvertes, notamment sur la typologie des exploitations et sur le développement d’une boîte à outil pour l’évaluation de la qualité fonctionnelle des sols (Biofunctool).
Un objectif à moyen terme est de bâtir un observatoire multidisciplinaire des plantations tropicales sur la base du partenariat et des outils développés dans le projet.

Productions scientifiques et brevets

- Les pratiques agroforestières sont une alternative intéressante à la monoculture grâce à la diversification des revenus qui permet de s’adapter aux variations des cours du caoutchouc (Penot et al. 2016. European Agroforestry Conference, Montpellier, France).
- Les décomposeurs de la litière (principale source de matière organique dans les plantations) sont plus proches du type forestier dans les plantations âgées (Heepgoen et al. 2015. International Soil Conference, Cha Am, Thailand).
- Le suivi de 3 cycles successifs de plantations montre qu’à chaque abattage-replantation de nombreux critères sont affectés (biodiversité, éléments minéraux, matière organique,…). Au cours de la phase d’exploitation, restauration n’est jamais complète (Panklang et al 2015. International Soil Conference, Cha Am, Thailand).

Partenaires

UMR Eco&Sols Ecologie fonctionnelle et biogéochimie des sols & des agro-écosystèmes

HRPP Hevea Research Platform in Partnership

UMR Innovation Innovation et Développement dans l’Agriculture et l’Agroalimentaire

UMR iEES Institut d'Ecologie et des Sciences de l'Environnement de Paris

UMR MOISA Marchés, Organisations, Institutions et Stratégies d'Acteurs

UR Systèmes de pérennes Performance des systèmes de culture des plantes pérennes

WEM/AIT Water Engineering and Management / Asian Institute of Technology

Aide de l'ANR 463 476 euros
Début et durée du projet scientifique octobre 2014 - 36 mois

Résumé de soumission

Les plantations tropicales d'arbres, dont les petits planteurs représentent la majorité des surfaces et de la production, fournissent des biens renouvelables essentiels pour la demande mondiale. Pour garantir la durabilité des systèmes de plantations, les conditions environnementales et socio-économiques doivent rester favorables durant plusieurs décades. Comment de telles conditions peuvent-elles être garanties dans un environnement changeant ?
Même si les conséquences locales du réchauffement global sont difficiles à estimer, il est probable que les agriculteurs vont devoir faire face à un climat plus variable. De plus, toutes les ressources naturelles font face à de très fortes variations de cours liés à la demande mondiale. Des cours élevés attirent de nouveaux investisseurs et incitent à l’extension des plantations vers de nouvelles zones, induisant risques et compétition.L’objectif général du projet est d’analyser comment les plantations familiales, peuvent s’adapter et demeurer viables alors qu’elles font face à des conditions climatiques variables et à de profonds changements socio-économiques. Comment les agriculteurs perçoivent-ils les risques et quelles stratégies d’adaptation mettent-ils en œuvre ?
Les plantations d'hévéa en Thaïlande seront utilisées comme un modèle de plantations familiales tropicales insérées dans une filière agro-industrielle globalisée. Le projet s’attachera aux particularités de l'hévéaculture et aux caractères généraux des plantations d’arbres.
L’originalité du projet tient à son approche multidisciplinaire aussi bien pour la caractérisation des changements – biophysiques et socio-économiques - que pour leurs conséquences sur les plantations et les risques induits pour les planteurs. La biologie et les sciences du sol seront associées aux sciences sociales et à l’économie. Nous analyserons comment les interactions entre facteurs biophysiques et facteurs socio-économiques déterminent les stratégies de réaction des planteurs. Cela nécessitera l'identification d'indicateurs pertinents pour mesurer l'adaptation des agriculteurs et les impacts des changements sur la durabilité des systèmes. Nous construirons notre cadre d’analyse à partir du Sustainable Rural Livelihood framework (Ellis, 2000) combiné à la matrice des risques de l'OCDE (2009). Nous proposerons une méthodologie pour apprécier la vulnérabilité et évaluer le potentiel de viabilité des exploitations familiales. Les principaux risques biophysiques sont liés aux changements climatiques et à l'extension des plantations dans des zones nouvelles et plus difficiles. Nous évaluerons les risques depuis la parcelle jusqu’au bassin versanten termes de durabilité des sols (préservation de la fertilité des sols liée à leur propriétés physiques et leur biodiversité fonctionnelle) et d'adaptation des arbres au stress hydrique. Les contraintes écologiques spécifiques liées aux différentes zones de culture seront considérés. Dans la zone d'extension NE, le climat est plus sec et la fertilité du sol est faible, tandis que dans la zone traditionnelle (S) une monoculture continue d’hévéa a lieu depuis plus de 50 ans. Dans le Nord, la question spécifique est l'installation des plantations en zone de montagne, avec fort riques d’érosion.
Une typologie des exploitations et des systèmes de cultures sera proposée à partir d'enquêtes socio-économiques, en particulier en ce qui concerne les systèmes de gestion des sols et de récolte du latex. L'impact des pratiques sur les performances économiques et sur l’état physique des sols et leur bio-fonctionnement sera évalué au moyen d'indicateurs spécifiques qui seront développés ou adaptés dans la perspective de l'évaluation multicritères des systèmes de plantation.
Au-delà des spécificités de l’hévéaculture, cette étude permettra de définir les indicateurs les plus pertinents pour évaluer la capacité d’adaptation à long terme et la viabilité des systèmes familiaux de plantation.
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Programme ANR : Transition écologique, transformation sociétale, risques et opportunités (DS0103) 2014

Référence projet : ANR-14-CE03-0012

Coordinateur du projet :
Monsieur Philippe Thaler (Ecologie fonctionnelle et biogéochimie des sols & des agro-écosystèmes)

 

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L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.