Projet AFRISTORY (Histoire coloniale et Développement en Afrique) | ANR - Agence Nationale de la Recherche Projet ANR | ANR - Agence Nationale de la Recherche

L'Agence nationale de la recherche Des projets pour la science

Translate this page in english

Blanc - SHS 1 - Sociétés, espaces, organisations et marchés (Blanc SHS 1)
Edition 2011


AFRISTORY


Histoire coloniale et Développement en Afrique

Histoire coloniale et développement économique en Afrique
Le programme Afristory a fait le pari d'une collecte de données de grande ampleur dans les archives françaises, portant sur les finances publiques coloniales à un niveau détaillé, et sur un vaste ensemble de données économiques et sociales, y compris les données individuelles issues de la conscription militaire indigène.

Dépense publique coloniale et conditions de vie indigènes
Le programme Afristory s'est proposé de faire avancer de façon substantielle la connaissance quantitative sur l'histoire économique de la colonisation française, et plus généralement de l'Afrique. Il s'est agi notamment d'établir le premier tableau global de la dépense publique coloniale et de son financement local et métropolitain, tout en même temps que de l'évolution de certains aspects des conditions de vie pour les populations colonisées: revenu, éducation, santé en particulier. Ces éléments de connaissance doivent permettre d'instruire une analyse nouvelle de l'économie politique coloniale et de ses héritages historiques pour les pays indépendants actuels. En effet les zones d’ombre et les partis pris de la littérature sur la colonisation ne s'expliquent pas par l'absence d'archives disponibles et exploitables, mais bien plutôt par le manque d'efforts de recherche qui leur ont été consacrés. En comparaison des travaux antérieurs, le fait de couvrir l'histoire de l'investissement colonial, de manière comparative, sur un vaste ensemble de territoires, et sur la période coloniale du début à la fin, ouvre des perspectives nouvelles, notamment pour l'analyse des cinquante années écoulées depuis les indépendances jusqu'à aujourd'hui.

Une collecte de données à grande échelle dans les archives coloniales françaises
Les données construites couvrent les principaux territoires de l'empire colonial français, en Afrique et en Indochine, de 1830 à 1960. On dispose désormais de la première base de données complète et homogène sur les finances publiques, prolongée en suivant le même cadre méthodologique jusqu'en 2012. Ces données budgétaires sont complétées par une série de données statistiques sur la démographie, l'éducation, la santé, les infrastructures, l'agriculture et le commerce. Une seconde base de données comprend un échantillon d'environ 150 000 dossiers individuels de conscrits et volontaires «indigènes« de l'armée française en AOF, AEF et à Madagascar, couvrant la période 1890-1960, complétée par différentes données concernant l'organisation de cette conscription des «tirailleurs«. Ces données ont d'ores et déjà permis une série de «découvertes« portant sur la périodisation de la colonisation, sur les comparaisons entre types de colonies, sur l'évolution des conditions de vie indigènes, et sur la comparaison avec la colonisation britannique.

Résultats

Les colonies de peuplement d'Afrique du Nord se caractérisent par des niveaux de dépenses et de recettes par tête trois fois plus élevés, mais ces dépenses sont considérablement biaisées et les populations indigènes n'ont pas bénéficié de conditions de scolarisation ou de santé tellement meilleures. Du début de la période coloniale jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale, les budgets des territoires sont financés localement. Au-delà des infrastructures et du soutien aux sociétés privées qui représentent partout plus de la moitié des dépenses, les dépenses sociales sont limitées. En Afrique de l'Ouest, les données de soldats indiquent une stagnation du niveau de vie indigène entre 1900 et 1945. En revanche, les quinze années d'après-guerre (1945-60) sont porteuses d'une rupture structurelle: les dépenses sont multipliées par un facteur allant de 3 à 5. Cette hausse est d'abord financée par une augmentation des recettes, et s'accompagne d'une restructuration de la fiscalité. Cependant d'importants transferts métropolitains sont également déclenchés pour la première fois. Cette poussée n'est pas une spécificité française et se constate également dans les colonies britanniques. Sur cette période, les conditions de vie s'améliorent. Les indépendances des années 1956-1962 ne semblent pas introduire une nouvelle discontinuité: au début des années 1970, les nouveaux Etats ont conservé la même taille, et demeurent dépendants de l'aide française. Dans la plupart des cas, c'est le boom de recettes extérieures nouvelles qui va permettre un accroissement significatif du poids de l'Etat et du nombre des fonctionnaires, notamment pour l'éducation et la santé, avant l'arrivée de l'ajustement structurel à la fin des années 1980.

Perspectives

Trois types de mises en perspective sont d'ores et déjà projetées. Premièrement, il conviendra de faire dialoguer les résultats obtenus avec la littérature antérieure ayant abordé, selon des approches et avec des méthodes différentes, l'histoire économique du colonialisme français ou celle de l'Afrique, afin de mettre au clair les points de convergence ou de désaccord, et leurs sources respectives. Deuxièmement, il s'agira également d'instruire une comparaison relativement générale avec les autres colonialismes, au-delà de l'Afrique de l'Ouest. Troisièmement et enfin, on cherchera à réexaminer les enjeux actuels de la construction d'un Etat développeur en Afrique, à la lumière des évolutions historiques de long-terme, incluant non seulement la période coloniale et son interaction avec les structures antérieures, mais aussi les cinquante années écoulées depuis les indépendances.

Productions scientifiques et brevets

Les premiers résultats des analyses ont été présentés dans une session consacrée à l'Empire colonial français, organisée au World Economic History Congress de Kyoto en août 2015. Deux thèses sont également issues directement du programme. Trois articles principaux sont actuellement en cours de rédaction, pour soumission à des revues dans le courant de l'année 2016, le premier à propos des grandes lignes de variation spatiale et temporelle des finances publiques, le second concernant l'évolution des conditions de vie en AOF, AEF et Madagascar, telles qu'approchées par les données de soldats, et le troisième portant sur le coût de la colonisation pour les contribuables français. Les principaux résultats concernant l'Empire colonial français pourraient faire l'objet d'un ouvrage d'ici fin 2017, en même temps que les deux principales bases de données seraient mises à la disposition du public.

Partenaires

DIAL INSTITUT DE RECHERCHE POUR LE DEVELOPPEMENT - IRD

PSE ECOLE D' ECONOMIE DE PARIS

RECITS UNIVERSITE DE TECHNOLOGIE DE BELFORT-MONTBELIARD

Sciences-Po FONDATION NATIONALE DES SCIENCES POLITIQUES

Aide de l'ANR 250 000 euros
Début et durée du projet scientifique octobre 2011 - 42 mois

Résumé de soumission

Dans le champ académique de l’économie du développement, l’histoire longue est de retour, à travers des études économétriques de la colonisation européenne qui éclairent d’une lumière nouvelle les obstacles à un processus de développement économique. Cependant, les limites de ces études proviennent du manque de données sur la période coloniale elle-même, du côté des politiques mises en œuvre et plus encore du côté des conditions de vie des populations. Ces limites impliquent que les canaux par lesquels l’histoire coloniale exerce son influence sont encore mal connus, et que les analyses souffrent d’une compression du temps historique. Le projet Afristory se propose tout d'abord de faire avancer de façon substantielle la connaissance quantitative sur l'histoire économique de la colonisation française, et de manière parallèle et comparative celle de la colonisation britannique en Afrique. Il prétend ensuite produire des contributions originales à l'économie du développement, permettant de mieux spécifier les canaux par lesquels les chocs historiques exercent une influence de long terme sur les trajectoires des économies africaines. Afin d’être atteints, ces objectifs réclament de commencer par un large programme de construction de données à partir des archives existantes, le déficit de données historiques constituant le principal verrou à débloquer. En effet les zones d’ombre et les partis pris de la littérature sur la colonisation ne s'expliquent pas par l'absence d'archives disponibles et exploitables, mais bien plutôt par le manque d'efforts de recherche qui leur sont consacrés. Le programme scientifique peut être décomposé en trois tâches. La première tâche se consacre à l’investissement colonial dans l’empire français (Afrique Sub-saharienne, Afrique du Nord, Indochine), et à des comparaisons avec l’Afrique britannique. Une collective extensive de données dans ce domaine aura tout d'abord pour but de combler les lacunes flagrantes existant dans la connaissance objective de l'intensité et des modalités de l'investissement colonial entre 1850 et 1960. La seconde tâche axe touche au domaine où les données quantitatives sont à peu près inexistantes: les conditions de vie des populations autochtones dans les empires coloniaux, et leur évolution sur longue période. Elle repose principalement sur la collecte puis l'analyse des données individuelles fournies par les archives militaires de la conscription en France, ainsi que sur des micro-données comparables côté britannique. La troisième tâche apparie ces données coloniales de première main avec des données contemporaines sur les régions anciennement colonisées, une échelle très désagrégée (petites zones). Elle construit et évalue statistiquement des récits analytiques concernant l’impact de la colonisation en Afrique, pour différentes dimensions du développement, en exploitant les nombreuses expériences naturelles fournies par l'expérience historique. Cette alliance de l'histoire et de l'économie du développement nous paraît faire valoir certains avantages comparatifs de la recherche européenne, provenant de la proximité des archives coloniales et du terrain africain, et d'une longue et forte tradition en histoire quantitative. Nous espérons également que ces effets de connaissance pourront servir le débat citoyen, national et international, sur les conséquences du passé colonial chez les anciens colonisateurs, chez les anciens colonisés, et pour la construction de leurs relations futures.

 

Programme ANR : Blanc - SHS 1 - Sociétés, espaces, organisations et marchés (Blanc SHS 1) 2011

Référence projet : ANR-11-BSH1-0006

Coordinateur du projet :
Monsieur Denis COGNEAU (ECOLE D' ECONOMIE DE PARIS)
cogneau@nullpse.ens.fr

 

Revenir à la page précédente

 

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.