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Métamorphoses des sociétés. Emergences et évolutions des cultures et des phénomènes culturels. (CULT)
Edition 2012


FABRIQ‘AM


La fabrique des « patrimoines »: mémoires, savoirs et politique en Amérique indienne aujourd’hui

FABRIQ'AM
La fabrique des “patrimoines” : mémoires, savoirs et politique en Amérique indienne aujourd’hui

Les fabriques mémorielles et patrimoniales à l’œuvre
La «mise en patrimoine» d’éléments culturels, matériels et immatériels, devient depuis plusieurs années l’un des moyens par lesquels les groupes amérindiens recherchent une visibilité et une reconnaissance dans un paysage social et politique marqué aujourd’hui dans la plupart des pays latino-américains par le multiculturalisme institué en mode de gouvernance.
Au sein de sociétés amérindiennes, les conceptions de ce qui doit être conservé ou être oublié, les manières de transmettre les connaissances et les savoirs, les modes d’historicité semblent bien souvent aller à l’encontre de l’idée même de la patrimonialisation telle qu’on l’entend dans le monde européano-centré. Or, suivant des médiations et des formes d’inculcation de schèmes formulées en dehors des sociétés amérindiennes, celles-ci transforment aujourd’hui certaines de leurs pratiques quotidiennes en éléments d’un patrimoine culturel objectivable, transmissible et conservable.
Ces processus qui se déploient au-delà du cadre national sont globalement liés à un discours procédant par objectivation, essentialisation et ethnicisation des cultures indigènes. Les formes de transmission mémorielle des sociétés amérindiennes et minorisées ont alors une double dimension. Elles se construisent dans une matrice culturelle et sociale qui leur est propre. Elles sont aussi, désormais investies au sein d’un monde globalisé en tant que ressources mobilisables pour conforter une identité collective, et de nouvelles formes d’indianité nécessaires pour se placer sur l’échiquier nationale et international. L’analyse des configurations patrimoniales observables sur le terrain demande alors une élucidation de ces formes d’imposition et d’adaptation mais aussi la compréhension de la manière dont les acteurs indigènes ont su, en retour, se réapproprier un droit à construire un discours propre sur leur culture et à l’instituer comme source d’une affirmation identitaire.

Une approche à partir de la vision locale
Pour comprendre les diverses déclinaisons du processus de patrimonialisation culturelle dans la trentaine de sociétés amérindiennes étudiées dans ce projet, l’enquête se développe selon trois angles d’analyse complémentaires :
– les régimes de temporalité, d’historicité et de savoir ;
– la « fabrique » des patrimoines, leur construction sociale et leurs usages politiques ;
– les logiques institutionnelles et les formes locales de gouvernance multiculturelle.
Menées par des experts des différentes sociétés étudiées, les analyses sont d'abord ethnologiques et ethnolinguistiques, elles s'attachent à une compréhension en profondeur des conceptions, processus et stratégies jeux au niveau local. La recherche requiert également une attention à, et une connaissance fine, des politiques liées au patrimoine, du niveau micro-régional à celui international.

Résultats

Le projet vise d'abord à une compréhension de l'intérieur des processus de changement suscités par les différentes formes d'injonction à la patrimonialisation dans les sociétés meso et sud amérindiennes. Ces changements sont configurées par et affectent les conceptions de la temporalité et de l'historicité, les régimes mémoriels et les modalités de transmission du savoir culturel, les formes d'esthétique et celles de l'action politique.
Résolument comparatif, le projet ne s’attache pas à dresser une typologie des similitudes et des différences entre les formes de mise en patrimoine, leurs embrayeurs et leurs effets, mais plutôt à comparer des représentations catégorielles, des cadres, des relations, des processus de construction de sens et de composition des discours.

Perspectives

À travers l’étude de la patrimonialisation culturelle, prise comme révélatrice de jeux d’acteurs, de stratégies de définition de soi et de construction du politique, l’enjeu est d’aborder deux phénomènes étroitement associés : d’une part, il s’agit d’appréhender les modalités de l’insertion des sociétés amérindiennes dans la modernité et leur capacité à l’investir, en mettant au jour les formes de cohabitation et de composition de régimes de savoirs, d’actions et d’historicité générés à travers la patrimonialisation ; d’autre part, à travers l’analyse de ce processus, le projet entend éclairer la genèse et les développements contemporains des configurations multiculturelles qui caractérisent l’espace politique des régions méso et sud américaine.

Productions scientifiques et brevets

En cours

Partenaires

LESC Laboratoire d'ethnologie et de sociologie comparative

MASCIPO Mondes Américains Sociétés Circulations Pouvoirs XVI-XXI siècles

Aide de l'ANR 278 000 euros
Début et durée du projet scientifique février 2013 - 36 mois

Résumé de soumission

Les processus diversifiés de “mise en patrimoine” d’éléments culturels, matériels et immatériels, deviennent depuis plusieurs années l’un des moyens par lesquels les groupes amérindiens recherchent une visibilité et une reconnaissance dans un paysage social et politique marqué aujourd’hui dans la plupart des pays américains par le multiculturalisme institué en mode de gouvernance.

Les phénomènes de patrimonialisation culturelle, amplement étudiés ailleurs (surtout en Amérique du nord) sont moins connus pour les espaces méso et sud américains et encore moins pour les sociétés amérindiennes. Au sein de ces groupes, les conceptions de ce qui doit se conserver ou s’oublier, les manières de transmettre les connaissances et les savoirs, les modes d’historicité semblent bien souvent aller à l’encontre de l’idée même de la patrimonialisation telle qu’on l’entend dans le monde européano-centré. Par ailleurs, suivant des médiations et des formes d’inculcation de schèmes formulées en dehors des sociétés amérindiennes, celles-ci transforment aujourd’hui certaines de leurs pratiques quotidiennes en éléments d’un patrimoine culturel objectivable, transmissible et conservable. Ces procédures sont globalement liées à un discours procédant par objectivation, essentialisation et ethnicisation des cultures indigènes.

Les formes de transmission mémorielle des sociétés amérindiennes et minorisées ont alors une double dimension. D’une part, elles se construisent dans une matrice culturelle et sociale locale qui leur est propre. D’autre part, elles sont aussi, pour beaucoup, désormais investies au sein d’un monde globalisé en tant que ressources mobilisables pour conforter une identité collective, voire de nouvelles formes d’indianité. L’analyse des configurations patrimoniales que l’on peut observer sur le terrain demande alors une élucidation de ces formes d’imposition et d’adaptation mais aussi la compréhension de la manière dont les acteurs indigènes ont su, en retour, se réapproprier un droit à construire un discours propre sur leur culture et à l’instituer comme source d’une affirmation identitaire.

Pour comprendre les diverses déclinaisons du processus de patrimonialisation culturelle dans la trentaine de sociétés amérindiennes étudiées dans ce projet, l’enquête se développera selon trois angles d’analyse complémentaires :

• les régimes de temporalité, d’historicité (au sens large) et de savoir ;
• la “fabrique” des patrimoines, leur construction sociale et leurs usages politiques ;
• les logiques institutionnelles et les formes locales de gouvernance multiculturelle.

La vingtaine d’anthropologues rassemblés dans ce projet sont engagés de longue date sur les terrains étudiés, couvrant un vaste échantillonnage de situations locales et de réponses diverses données au processus global de la patrimonialisation culturelle.
Le projet, résolument comparatif, ne s’attache pas à dresser une typologie des similitudes et des différences entre les formes de mise en patrimoine mais plutôt à comparer des représentations catégorielles, des cadres, des relations, des processus de construction de sens et de composition des discours. À travers l’étude de la patrimonialisation culturelle, prise comme révélatrice de jeux d’acteurs, de stratégies de définition de soi et de construction du politique, l’enjeu est d’aborder deux phénomènes étroitement associés : d’une part, il s’agit d’appréhender les modalités de l’insertion des sociétés amérindiennes dans la modernité et leur capacité à l’investir, en mettant au jour les formes de cohabitation et de composition de régimes de savoirs et d’historicité générés à travers la patrimonialisation ; d’autre part, à travers l’analyse de ce processus, le projet entend éclairer la genèse et des développements contemporains des configurations multiculturelles qui caractérisent l’espace politique des régions méso et sud américaine.

 

Programme ANR : Métamorphoses des sociétés. Emergences et évolutions des cultures et des phénomènes culturels. (CULT) 2012

Référence projet : ANR-12-CULT-0005

Coordinateur du projet :
Madame Anath ARIEL DE VIDAS (Mondes Américains Sociétés Circulations Pouvoirs XVI-XXI siècles)
anathariel@nullyahoo.com

Site internet du projet : http://fabriqam.hypotheses.org/

 

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L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.