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Blanc - SHS 1 - Sociétés, espaces, organisations et marchés (Blanc SHS 1)
Edition 2011


RESOCIT


Citations scientifiques et réseaux sociaux : étude des dynamiques relationnelles impliquées dans la production et la diffusion des publications scientifiques (chimie, biologie, économie et sociologie).

Citations scientifiques et réseaux sociaux
étude des dynamiques relationnelles impliquées dans la production et la diffusion des publications scientifiques (chimie, biologie, économie et sociologie).

Analyse des logiques relationnelles impliquées par les références et citations des publications scientifiques françaises dans des revues internationales
Dans ce projet, les références et les citations (avec leur contenu social) sont appréhendées comme une expression de la sociabilité scientifique et, de ce fait, le possible vecteur de transformation des collectifs scientifiques. L’objectif est de montrer que les publications scientifiques concourent à déterminer, consolider ou détruire les relations entre certains groupes et participent pour une part à la configuration des collectifs scientifiques dans leurs diversités et leurs évolutions. Le projet RESOCIT se présente comme un prolongement mais aussi une alternative aux travaux sur les réseaux sociaux de publications scientifiques qui se centrent sur les aspects formels de l’intrication entre la sphère intellectuelle (les citations) et la sphère sociale (les collaborations). Il s’agit de développer une méthode mixte et inédite d’analyse relationnelle des références et citations scientifiques qui ouvre des perspectives nouvelles, tant en terme de connaissance du fonctionnement de l’activité de recherche, que du point de vue de l’évaluation de la recherche. En effet, à l’heure où l’on s’interroge de plus en plus sur la puissance des citations comme indicateur pour modéliser ou évaluer l’activité scientifique, la prise en compte de leur caractère relationnel et leur analyse d’un point de vue qualitatif et longitudinal présentent un apport original et nécessaire pour une meilleure compréhension du monde de la recherche.

Mettre en oeuvre une méthode mixte d'analyse relationnelle des références et citations scientifiques
La méthode consiste à réunir un corpus de publications scientifiques et à effectuer des entretiens auprès de leurs auteurs. Le projet a retenu des publications scientifiques (N=150) issues des sciences de la nature (chimie de coordination, biologie moléculaire, mathématiques) et des sciences sociales (économie, sociologie et archéologie), parues dans les années 2000 dans des revues internationales et sélectives, recensées par le Web of Science de Thomson Reuters. La démarche consiste à 1) se servir des références de la publication comme générateur de noms pour comprendre le réseau sociocognitif (intellectuel, professionnel et social) lié à cette publication ; 2) compléter cette analyse plus formelle avec l’étude relationnelle de l’ensemble du processus de publication (écriture, évaluation, coopérations, financements, publications et collaborations antérieures et postérieures…) ; 3) suivre la diffusion des références de la publication et ses citations, en prêtant une attention particulière aux acteurs, supports et temporalités des chaînes de médiation qu’elles dessinent. La démarche est basée sur le suivi, à une échelle fine, de cas concrets que l'on comprend aussi dans leur contexte plus global à l'aide des bases de données bibliographiques. Ainsi nos travaux débouchent sur la définition d’indicateurs qualitatifs et contextualisés, dont on manque particulièrement dans l’évaluation de la recherche, que ce soit en sciences humaines et sociales ou en sciences de la nature.

Résultats

A l’heure actuelle, nous avons rencontrés 85 chercheurs, soit plus de 140 cas de publications internationales. Les entretiens ont été réalisés suite à une première analyse bibliométrique des publications françaises répertoriées par le Web of Science en chimie, biologie, mathématiques, sociologie, économie entre 1999 et 2008. Certains choix ont été faits, notamment de ne sélectionner qu’une spécialité de biologie, la biologie moléculaire, de sorte à pouvoir comparer les articles étudiés. En chimie également, nous avons privilégié une spécialité, la chimie de coordination. Par contre, en économie et en sociologie, aucune spécialité n’a été retenue et les entretiens ont été faits en fonction des chercheurs français présents sur la base de données bibliographiques du Web of Science). Pour chaque chercheur rencontré et publication étudiée, nous réalisons 1) le réseau des références de son article ; 2) l’univers de références de ce même article (le réseau des articles citant les mêmes références au même moment) ; 3) l’entretien audio avec le/la chercheur consistant (entre autres) à commenter ces réseaux et les noms qui y apparaissent ; 4) la transcription de l’entretien ; 5) le codage des relations dans une base de données relationnelles. Il s’agit d’une base de données unique en son genre qui devrait permettre à terme de produire des résultats totalement originaux sur la sociabilité scientifique et les relations sociales entre les acteurs de la recherche au plan local, national, européen et mondial. Des premiers résultats exploratoires ont été obtenus qui montrent de grandes différences entre les articles de sciences de la nature et ceux de sciences humaines et sociales.

Perspectives

Le projet RESOCIT crée une réelle synergie et fédère des opérations de recherche qui étaient menées jusqu’à présent de manière isolée. Pour l’instant, nous avons consacré l’essentiel de nos moyens au recueil et à la production de données originales. La période suivante sera plutôt réservée à la valorisation de nos résultats. La prochaine réunion plénière est programmée le 6 novembre 2013 à Toulouse. L’ensemble des données recueillies sera présenté et l’objectif général de la réunion est de décider des opérations de valorisation (qui fait quoi ?). Par ailleurs, une enquête exploratoire a été lancée concernant l’échange de références bibliographiques sur Twitter avec la même méthodologie que celle du projet. Pour l’analyse des univers de références, nous nous intéressons aussi à d’autres dispositifs (que celui qui est associé au Web of Science) qui s’avèrent tout aussi centraux dans certaines disciplines (par exemple Google Scholar en sociologie ou en mathématiques). Des premiers tests plutôt pertinents nous encouragent à poursuivre dans cette voie. En juin 2013, nous avons organisé une journée d’études à Toulouse sur les indicateurs de la bibliométrie. Plusieurs des interventions se nourrissaient des problématiques travaillées dans le cadre de ce projet. Suite à son succès (plus de 80 chercheurs et professionnels présents), nous prévoyons d’en organiser une autre durant l’année 2014.

Productions scientifiques et brevets

Marie-Pierre BÈS and Jérôme LAMY (2013), « relations between doctorate students and their PhD committees : comparison of practices in 3 laboratories through a network approach”, Session Poster, XXXIII Sunbelt Social Networks Conference of the International Network for Social Network Analysis, May 21-26 2013, Hamburg
Cabanac, G. (May 2012). Shaping the landscape of research in information systems from the perspective of editorial boards: A scientometric study of 77 leading journals. Journal of the American Society for Information Science and Technology, 63(5), 977-996.
Cabanac, G. (July 2013). Experimenting with the partnership ability f-index on a million computer scientists. Scientometrics, 96(1), 1-9
Yves Gingras et Béatrice Milard (2012), Méthodes bibliométriques et réseaux sociaux : approches quantitatives, qualitatives et mixtes, Conférence invitée à l’école thématique du CNRS « Etudier les réseaux sociaux », 10-14 Septembre 2012, Porquerolles
Béatrice Milard (2012), Social networks behind co-citations networks. Analysing universe of references of scientific publications, Virtual participation, International Scientific Conference Networks in the Global World: Structural Transformations in Europe, the US and Russia, St. Petersburg, June 22-24 2012
Béatrice Milard (2012), Entourages citationnels et formes d’activité scientifique, Communication au XIXe Congrès international des sociologues de langue française, 4-10 juillet 2012, Rabat
Béatrice Milard (2012), « Les autocitations en sciences humaines et sociales. Pour une analyse de la dynamique des collectifs cognitifs », Langage et société, n°141, pp.119-139
Béatrice Milard, Guillaume Cabanac, Gille Hubert et Muriel Lefebvre (organisateurs), Journée Bibliométrie « Indicateurs de la recherche », Toulouse, LISST-UT2, URFIST-UT1, IRIT-UT3, 11 juin 2013.

Partenaires

LISST Laboratoire Interdisciplinaire Solidarités, Sociétés, Territoires

Aide de l'ANR 87 360 euros
Début et durée du projet scientifique février 2012 - 36 mois

Résumé de soumission

Le projet RESOCIT a pour objectif l’analyse des logiques relationnelles impliquées par les références et citations des publications scientifiques. Il se présente comme un prolongement mais aussi une alternative aux travaux sur les réseaux sociaux de publications scientifiques qui se centrent sur les aspects formels de l’intrication entre la sphère intellectuelle (les citations) et la sphère sociale (les collaborations). En effet, il propose d’innover sur deux aspects. Le premier est de considérer les références et les citations, non comme de simples indicateurs, mais comme des « dynamiseurs relationnels », comme une occasion, pour les auteurs, de construire des liens entre différentes personnes ou collectifs, de les formaliser, de les renforcer et parfois de les atténuer. Le second est méthodologique et vise à mettre en oeuvre une « méthode mixte » (qualitative et quantitative, synchronique et diachronique) particulièrement adaptée à l’analyse de la dynamique relationnelle proposée. Elle consiste à réunir un corpus de publications scientifiques et à effectuer des entretiens auprès de leurs auteurs dans le but de 1) se servir des références de la publication comme générateur de noms pour comprendre le réseau socio-cognitif (intellectuel, professionnel et social) lié à cette publication ; 2) compléter cette analyse plus formelle avec l’étude relationnelle de l’ensemble du processus de publication (écriture, évaluation, coopérations, financements, publications et collaborations antérieures et postérieures…) ; 3) suivre la diffusion des références de la publication et ses citations, en prêtant une attention particulière aux acteurs, supports et temporalités des chaînes de médiation qu’elles dessinent. Notre projet retiendra des publications scientifiques (N=150) issues des sciences de la nature (chimie et biologie fondamentale) et des sciences sociales (économie et sociologie), parues dans les années 2000 dans des revues internationales et sélectives, recensées par le Web of Science de Thomson Reuters. Dans ce projet, les références et les citations (avec tout leur contenu social) sont donc vues comme une expression de la sociabilité scientifique et le possible vecteur de transformation des collectifs scientifiques. L’objectif est de montrer que les textes publiés concourent à déterminer, consolider ou détruire les relations entre certains groupes et participent pour une part à la configuration des collectifs scientifiques dans leurs diversités et leurs évolutions. Peu de travaux s’intéressent à l’entourage relationnel des chercheurs d’une manière systématique au point d’en faire une analyse de réseaux et peu d’entre eux utilisent les publications et les citations comme ressources pour étudier ces relations. Quand ils le font, ils ont tendance à réifier les relations en considérant les citations comme des indicateurs de reconnaissance du chercheur (impact factors) ou de sédimentation de courants (co-citations). Notre projet se donne au contraire pour objectif de mettre en évidence l’épaisseur sociale et relationnelle de la référence et la citation scientifique. Il s’agit donc de développer une méthode inédite d’analyse relationnelle des références et citations scientifiques qui ouvre des perspectives nouvelles, tant en terme de connaissance du fonctionnement de l’activité de recherche, que du point de vue de l’évaluation de la recherche. En effet, à l’heure où l’on s’interroge de plus en plus sur la puissance des citations comme indicateurs pour évaluer ou modéliser l’activité scientifique, la prise en compte de leur caractère relationnel et leur analyse d’un point de vue qualitatif et longitudinal présentent un apport original et nécessaire pour une meilleure compréhension du monde de la recherche.

 

Programme ANR : Blanc - SHS 1 - Sociétés, espaces, organisations et marchés (Blanc SHS 1) 2011

Référence projet : ANR-11-BSH1-0013

Coordinateur du projet :
Madame Béatrice MILARD (Laboratoire Interdisciplinaire Solidarités, Sociétés, Territoires)
milard@nulluniv-tlse2.fr

Site internet du projet : http://w3.lisst.univ-tlse2.fr/programmes/resocit.html

 

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L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.